Retour sur les carnavals de la Martinique et de la Guyane française : une explosion de musique et de traditions !

Retour sur les carnavals de la Martinique et de la Guyane française : une explosion de musique et de traditions !

© Julien Pelletier

Alors que le mois de mars touche à sa fin, revenons sur un phénomène musical remarquable, à la fois pour sa richesse culturelle et l’engouement populaire exceptionnel qu’il suscite : les carnavals des Antilles et de la Guyane française. Profondément enracinées dans l’histoire et les traditions locales, ces festivités hautes en couleur mêlent musique, danse et costumes, offrant un spectacle fascinant aux participants comme aux spectateurs.

Martinique : Une célébration vibrante au rythme des traditions

En Martinique, le carnaval 2025 débute avec de nombreuses soirées et animations dès janvier et atteint son apogée du dimanche 2 mars au mercredi des cendres, transformant l’île en une scène festive où chaque jour offre son lot de réjouissances. Dès le dimanche gras, les parades des Reines et des Miss, élues après l’Épiphanie, ont lancé les célébrations, mettant en avant les représentantes de chaque commune, accompagnées de groupes costumés et de chars magnifiquement décorés dans la capitale de l’île. Le lundi gras a été marqué par les mariages burlesques, une tradition où les rôles sont inversés : hommes déguisés en femmes et vice versa, offrant des scènes humoristiques et satiriques. Le mardi gras, jour le plus emblématique, a vu défiler les participants vêtus de rouge et noir, incarnant les diables rouges, figures importantes du carnaval martiniquais. Enfin, le mercredi des Cendres a été consacré à la crémation de Vaval, le roi du carnaval, symbolisant la fin des festivités et le retour à la vie quotidienne. Pendant ces quatre jours de carnaval, Fort de France, la capitale de l’île, est entièrement dédiée et aménagée pour accueillir ces parades.

Le carnaval martiniquais est avant tout une fête populaire, où la population locale joue un rôle central, que ce soit à travers les parades des Reines et Miss, les groupes à pied comme Sa Ki Fet Fet, Alliance 972 ou encore le Groupe A, parmi plus de 25 autres formations musicales. À travers ces travestissements et caricatures, les carnavaliers rejouent avec humour et irrévérence des pans entiers de l’histoire colonial ou des problématiques actuelles de l’île.

En Martinique, le carnaval est finalement bien plus qu’une fête : c’est un pilier de l’identité locale, un moment de partage et d’expression où musique, danse et satire sociale se mêlent dans une effervescence unique.

Guyane : Un carnaval aux multiples facettes culturelles

Le carnaval guyanais, réputé pour être l’un des plus longs du monde (plus de deux mois, du 11 janvier au 5 mars 2025), est un véritable condensé de l’histoire sociale et culturelle du territoire. Il s’ouvre avec la remise des clés au Roi Vaval et culmine avec sa crémation le mercredi des Cendres, symbole à la fois de la fin des festivités et du renouveau.

Mais au-delà des dates officielles, ce sont les multiples figures et rites qui illustrent la richesse guyanaise. Les Touloulous, femmes entièrement déguisées et méconnaissables, envoûtantes et mystérieuses envahissent les bals paré-masqués à la nuit tombée. Héritées des caricatures des bourgeoises créoles d’époque coloniale, elles inversent les rapports sociaux et jouent de l’anonymat. Le personnage du Touloulou plonge son cavalier dans le rêve.

© Galaad973 – Adobe Stock

On retrouve aussi les nèg marrons – incarnant les esclaves fugitifs couverts d’huile et de suie –, les vidangeurs, issus de la douloureuse période des bagnes, la Caroline, satire d’une Anglaise devenue riche grâce à l’orpaillage, ainsi que le Jé Farin, tout de blanc vêtu, qui continue quant à lui d’amuser les enfants en les couvrant de farine. Les zombis complètent ces figures emblématiques.

Nèg Marrons ⎪© Fabrice Juste
Jé Farin ⎪© Nicolas Quendez

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, les groupes de rue mythiques comme Mayouri Tchô Nèg (créé en 2010) ou Kassialata (fondé en 1994) rythment les parades avec énergie, entre tambours, cuivres et chants en créole, tandis que les orchestres tels que les Blue Stars et les Mécènes perpétuent la tradition musicale locale dans les bals.

Une richesse musicale au cœur des festivités

La musique joue un rôle prépondérant dans ces carnavals. En Martinique, les groupes à pied rythment les défilés avec des percussions et des chants entraînants, créant une ambiance festive inégalée. En Guyane, le Piké Djouk, la mazurka et la biguine sont des musiques spécifiques dansées uniquement pendant le carnaval, accompagnent les bals paré-masqués où les Touloulous sont reines. Les orchestres live, tels que les Blue Stars (56 ans d’existence) et les Mécènes (40 ans d’existence), animent les nuits dans des salles emblématiques comme Polina ou Chez Nana, où Modika Evelina (« Nana ») a organisé le premier bal en 1953 .

Les carnavals de la Martinique et de la Guyane française sont bien plus que de simples festivités ; ils sont le reflet d’une histoire riche, d’une culture vivante et d’un peuple fier de ses traditions. Chaque année, ces célébrations offrent une immersion unique dans l’âme de ces territoires, où la musique, la danse et les costumes racontent des histoires, célèbrent des identités et renforcent les liens communautaires.

L’engagement du Snep auprès des acteurs ultramarins

Conscient de l’importance culturelle, sociale et économique que représente la musique pour les territoires ultramarins, le Snep affirme son engagement aux côtés des artistes, producteurs, labels et acteurs culturels d’Outre-mer. Par le soutien à la valorisation des musiques locales – du zouk au kompa, en passant par le gwo-ka et la biguine –, le Snep œuvre pour une meilleure reconnaissance et diffusion des talents ultramarins sur le territoire national comme à l’international. Le Snep  s’engage activement à la préservation et à la promotion de ce patrimoine unique à travers divers dispositifs d’accompagnement comme le Top Radio Outre-Mer publié chaque semaine, dont la rappeuse et chanteuse Meryl, grande figure d’un char du carnaval martiniquais, a pris la tête à l’issue de l’événement. Le syndicat mène également des actions de sensibilisation, à l’instar du webinaire « Musique & Outre-Mer » du 16 décembre dernier. Ce rendez-vous a permis de présenter le marché de la musique enregistrée, les enjeux spécifiques des scènes musicales ultramarines avec la complicité de différentes organisations telles que la SCPP, la CSDEM ou encore la Sacem.

Convaincu du potentiel de développement des musiques ultramarines, le Snep poursuivra dans les mois à venir son engagement aux côtés des professionnels du secteur, en soutenant leur visibilité et leur reconnaissance à plus grande échelle. Prochain rendez-vous dans quelques jours aux Etats généraux de la musique en Guyane !